La gouvernementalité algorithmique ou l'art de ne pas changer le monde

Antoinette Rouvroy

lundi 17 octobre 2016

Après m'être d'abord intéressée au potentiel "prédictif" des tests de dépistage et de diagnostic génétiques et ses implications en termes d'égalités , d'opportunités sur les marchés de l'emploi et de l'assurance ainsi que dans les débats relatifs à l'Etat providence aux Etats-Unis et en Europe, j'ai commencé à m'intéresser aux implications  juridiques, politiques et philosophiques des nouvelles pratiques statistiques nourries par les données numériques disponibles en quantités massives (les big data). Je me suis rendue compte que ces nouvelles pratiques de détection, de classification et d'évaluation anticipative des propensions et comportements humains fondées sur les techniques du numérique constituaient de nouveaux modes de production du  "savoir", de nouvelles modalités d'exercice du "pouvoir", et de nouveaux modes de "subjectivation", bref, une nouvelle gouvernementalité algorithmique, succédant, en quelque sorte, sans pour autant les remplacer complètement, aux régimes de pouvoir - souveraineté (droit de laisser vivre et de faire mourir), régime disciplinaire (réforme des psychismes individuels par intériorisation des normes, que les individus disciplines  "incarnent"  d'eux-même) et  biopouvoir (droit de faire vivre ou de laisser mourir) - mis en lumière par Michel Foucault.