Cycle de séminaires « Décoloniser la pensée - Regards autochtones »
Karen Wenvel
Le 22 janvier 2026, de 18h à 20h, Salles 1 et 2 Lettres, Ecole normale supérieure, 45 Rue d’Ulm, 75005 Paris
Résumé :Au sein de cette communication, on travaillera en cercle et l’on initiera par un conte interactif, « Tous faisons partie d’un grand réseau, la Mère Terre », créé pour expliquer le concept d’Itxofil Mongen (le réseau de la vie). Ce concept reflète l’interconnexion sacrée entre les êtres humaines, la terre (Ñuke Mapu) et touts les éléments de la nature. Le conte est né en 2012 dans le cadre d’une manifestation pacifique en réponse à la violence étatique contre les communautés Mapuche, y compris par des attaques et blessures infligées à des enfants à la grenaille. Depuis, les laines symbolisées par ce réseau ont été tissés à des différents territoires et publics, depuis les communautés Mapuches au Chili, au Pays Basque et en France, en transmettant l’importance de voir la terre comme une mère qui donne de la vie et non pas comme une ressource naturelle dont il faut administrer.
Dans le cadre de la communication, on présentera la chanson « Meli Troy, cuatro partes [quatre parties] », qui aborde le concept de « Gens » depuis la vision quadridimensionnelle Mapuche : corps, tête, cœur et esprit. Cette chanson a été apprise par 75 enfants âgés de 8 à 10 ans de l’école Michelet, auprès de professeurs et parents, et a été également présentée à la clôture de la 18ème Quincena de la Solidaridad Internacional de Fontenay-sous-Bois.
Le séminaire se clôturera avec la projection de vidéo documentaire régistrant le processus d’apprentissage de la chanson, sous la réalisation de Raquel Almanza Alatorre, cinéaste mexicaine basée à Paris. Actuellement, Raquel Alatorre est masterante en Anthropologie visuelle et cinéma documentaire à l’université Paris Nanterre. Son travail documentaire les liens entre musique et langues autochtones d’Amérique latine, en soulignant comment ces dernières servent d’outil de résistance dans le cadre de la transmission des savoirs ancestraux. En outre, on partagera de réflexions de la communauté éducationnelle participante de ce processus.
Dans un contexte comme celui du Chili, où l’extractivisme et la criminalisation de la défense de la nature constituent une réalité, ces œuvres artistiques et pédagogiques contribuent à rendre visibles les raisons de la résistance territoriale, culturelle et linguistique du peuple Mapuche. La communication abordera également le contexte historique, social et politique des revendications du peuple Mapuche, en mettant en avant comment l’art et la pédagogie peuvent partager de manières de compréhension du monde des premières nations, lesquelles promeuvent l’harmonie avec la Mère Terre et la conscience de Communauté.
Mots-clés : Itxofil Mongen, cosmovision Mapuche, résistance autochtone, pédagogie décoloniale, art comme résistance, réciprocité, communauté, Ñuke Mapu.
Biographie : Chanteuse, conteuse et éducatrice interculturelle Mapuche. Wenvl a consacré une grande partie de sa carrière à promouvoir le patrimoine musical et linguistique Mapuche. Créatrice de la méthode Choyün, un système éducatif qui cherche à revitaliser le Mapudungun à travers le mot rendu en mélodie, sous le postulat selon lequel le cerveau humain est dessiné à enregistrer des codes sonores pour le reste de sa vie, ce qui se traduit comme un important outil qui facilite l’apprentissage de la langue de communautés qui risquent la perte de la continuité de leur usage, met en lumière la parole originaire comme porteuse de concepts cosmologiques profondément pertinents pour comprendre la connexion spirituelle des peuples originaires avec l’être et la nature. En amenant ses chansons et histoires à des paysages comme le Chili, Euskadi et la Bretagne, on contribue à des projets de revitalisation linguistique auprès de communautés qui préservent de langue comme l’Euskera et le Breton.
Wenvl est diplômée d’une licence en Art mention musique de l’université du Chili. Elle a été membre de la Chaire Autochtone au sein de la même institution, où elle est également diplômée en éducation interculturelle, en y menant des études de linguistiques et politique publiques adressées aux peuples originaires au Chili.
Créatrice du projet Kom pu Ülkantun, Todos los Cantos (Tous les Chants), elle envisage de promouvoir le chant communautaire pour honorer la différence en conscience de l’unité et de la démocratie culturelle, car elle met sur le même plan de valeur la musique chorale traditionnelle européenne et les chants des cultures minorées et langues menacées. Elle est basée en France depuis 2025 grâce à un passeport talent culturel.
Organisation : Willy Delvalle (Chaire Géopolitique du Risque/ENS) et Lissa Lincoln (République des Savoirs/ENS)